Le sucre, nouvel ennemi public n°1 de la lutte anti-obésité Dans les sodas, céréales du petit-déjeuner et les yaourts, le sucre est partout et nous en mangeons trop. Les spécialistes donnent l’alerte: consommer du sucre en excès fait grossir et pourrait même rendre malade

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Alors que nous entrons dans une période propice aux excès alimentaires, à base notamment de bûches, de biscuits de Noël et d’autres chocolats, voilà une information qu’on préférerait éluder. Pourtant, c’est un fait établi: nous mangeons trop de sucre! Longtemps perçue comme un petit plaisir relativement inoffensif, cette douceur est de plus en plus pointée du doigt. Consommé en excès, le sucre contribue en effet à la prise de poids, et pourrait mener à l’obésité ainsi qu’aux maladies du métabolisme qui y sont associées, comme le diabète. Il y a quelques semaines, une interpellation de la conseillère nationale socialiste Laurence Fehlmann-Rielle mettait l’accent sur les risques de l’industrie du sucre pour la santé publique. Dans sa réponse, le Conseil fédéral rappelle qu’il mise d’abord sur les industriels pour prendre des engagements volontaires en la matière.

Les glucides, communément appelés sucres, sont une grande famille. Elle comprend notamment des molécules complexes comme l’amidon, qui constitue la principale source d’énergie de notre corps. Mais aussi des molécules plus simples comme le saccharose, le fructose et le glucose, qui sont aujourd’hui incriminées. Naturellement présents en petite quantité dans les fruits, certains légumes et dans le lait, ces sucres rapides sont largement ajoutés dans les produits transformés. Au hit-parade des «bombes» sucrées qui se cachent dans nos frigos et placards: les sodas (une canette standard équivaut à environ 9 morceaux de sucre), mais aussi les céréales du petit-déjeuner (constituées souvent de plus de 30% de sucres ajoutés), les yaourts aux fruits et autres desserts gourmands, les glaces, chocolats et friandises.

10% des apports énergétiques journaliers
Reprenant les valeurs de référence établies par l’OMS, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires OSAV recommande de limiter la part de sucres ajoutés à 10% de nos apports énergétiques. Cela peut sembler beaucoup, mais la plupart d’entre nous dépassons allègrement ce seuil. En effet, pour un adulte sédentaire, le besoin en énergie quotidien est évalué à 2000 kilocalories. Ce qui correspond à une consommation de 50 grammes de sucres ajoutés par jour. Un soda de 50 cl et vous y êtes déjà!

Lire aussi: Doit-on arrêter de manger du sucre?

«En Suisse, la consommation moyenne de sucres ajoutés se situe plutôt autour des 120 grammes par jour et par personne, indique la pédiatre des HUG Nathalie Farpour-Lambert, présidente de l’Association européenne pour l’étude de l’obésité. Cela peut même être beaucoup plus, par exemple chez les ados qui consomment chaque jour des céréales au petit-déjeuner, des sodas et des barres chocolatées.»

Caries et obésité
Mais au fait, pourquoi fuir les sucres ajoutés? Alors que certains nutritionnistes jugent la limitation du sucre à 10% de l’apport énergétique trop sévère et potentiellement décourageante, l’OMS avance deux raisons de s’y tenir. D’une part, plus on mange sucré, plus on risque d’avoir des caries – qui ne constituent certes pas une menace vitale, mais sont source de douleurs et de dépenses.

D’autre part, la consommation excessive de sucres est associée à la prise de poids et peut mener à l’obésité. «Un grand nombre d’études scientifiques ont mis en évidence un lien entre consommation de boissons sucrées et développement de l’obésité, autant chez l’adulte que chez l’enfant. Et inversement, il a été montré qu’une réduction de la prise de ce type de boissons entraînait une baisse de l’indice de masse corporelle», souligne Nathalie Farpour-Lambert.

Un type de sucre en particulier est dans la ligne de mire des spécialistes: le fructose, notamment présent dans les aliments industriels sous forme de HFCS (High Fructose Corn Syrup), un sirop bon marché et au fort pouvoir sucrant obtenu à partir d’amidon de maïs. Mis au point aux Etats-Unis, il a peu à peu gagné les rayonnages de supermarché européens. «Ce type de sucre stimule peu l’insuline et la leptine, hormones responsables de la régulation de la prise alimentaire, si bien que sa consommation n’entraîne pas ou peu de sensation de satiété. Il a par ailleurs la particularité d’être transformé en graisses au niveau du foie. Cela accroît la quantité de lipides circulant dans le sang et concourt au développement de maladies cardiovasculaires», explique François Pralong, chef du service d’endocrinologie, de diabétologie et métabolisme du CHUV.

Ambiguïté entretenue par les industriels
Quant à savoir si l’excès de sucres peut entraîner d’autres types de pathologies, au premier rang desquels le diabète, cela reste débattu. Certes, de nombreuses personnes obèses développent un diabète de type 2 (le diabète acquis au cours de la vie). Mais est-ce dû directement aux sucres, ou plutôt à la prise de poids globale? «Il n’y a pas de lien systématique entre consommation de sucres et apparition du diabète, cela dépend de la susceptibilité des personnes», estime François Pralong. «Il reste des incertitudes sur ce sujet, et il ne faut pas s’attendre à ce que cela change prochainement. Pour en avoir le cœur net, il faudrait lancer des études à très large échelle, pratiquement irréalisables», explique Matthias Schulze, chercheur en nutrition à l’Université technique de Munich.

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L’ambiguïté du message scientifique autour des risques du sucre est par ailleurs savamment entretenue par les industriels, à grand renfort de sponsoring de recherche. Au mois de septembre dernier, un article paru dans la revue spécialisée «Jama Internal Medicine» révélait ainsi comment, dans les années 1960, l’industrie sucrière a payé des scientifiques pour nier le lien entre sucre et maladies cardio-vasculaires, et incriminer à la place les graisses animales. «Il ne faut pas se leurrer: ces méthodes qui rappellent celles utilisées par l’industrie du tabac ont toujours cours, même si les conflits d’intérêts sont davantage traqués que par le passé», avance Nathalie Farpour-Lambert. En 2013, une analyse publiée par Matthias Schulze et d’autres chercheurs dans «PloS Medicine» révélait que les études scientifiques sponsorisées par des industriels avaient nettement plus de chance de ne pas établir de lien entre boissons sucrées et obésité que les études indépendantes.

Lire aussi: L’industrie sucrière américaine a menti sur le risque cardio-vasculaire

Alors, faut-il déclarer la guerre au sucre? Pour Nathalie Farpour-Lambert, c’est sûr: «Les sucres ont été oubliés de la bataille contre l’obésité pendant un certain temps et cela doit changer, sans négliger pour autant le rôle de certaines graisses délétères comme l’huile de palme, également très présente dans les produits transformés.» «Il serait regrettable de passer d’un discours centré sur le gras à un discours centré sur le sucre, considère de son côté François Pralong. Il n’y a pas un unique coupable de l’épidémie d’obésité. La nutrition est complexe, et la sédentarité concourt également à la prise de poids.» Quoi qu’il en soit, inutile de culpabiliser pour les fêtes: selon les experts, quelques excès ponctuels ne sont pas problématiques, c’est sur le long terme que se joue une alimentation équilibrée.

https://www.letemps.ch/sciences/2016/12/21/sucre-nouvel-ennemi-public-ndeg1-lutte-antiobesite

https://www.letemps.ch/opinions/2016/09/13/lindustrie-sucriere-americaine-menti-risque-cardiovasculaire

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